Interview : Thom Dewatt

Musicien professionnel, auteur, compositeur, arrangeur,  interprète ou encore professeur d’académie, Thom Dewatt a plusieurs cordes à son arc. Ce multi-instrumentiste belge est actuellement en pleine promotion de son deuxième EP « 20 000 lieues sous les vers » sorti le 22 octobre dernier.

Par Sarah Prévinaire

Vous l’avez peut-être aperçu sur scène au côté d’Alec Mansion, Philippe Lafontaine, Franco Dragone, Hugues Aufray, Hélène Segara, le Grand Jojo, Francis Lalane, Richard Ruben ou encore avec les groupes « Stars 80 », « Allez, Allez », « Hong-Kong Stars » et « Plain Jane ».  Thom Dewatt se met aujourd’hui lui-même en lumière avec son nouvel EP « 20 000 lieues sous les vers ».

Tu as sorti ton premier EP « Les couloirs de l’âme » en 2012, grâce à la plateforme collaborative Akamusic, avant d’arrêter complètement ta carrière solo pour te concentrer sur ta carrière de musicien. Pourquoi revenir maintenant ?

Avec le premier EP « Les couloirs de l’âme » j’ai été excessivement déçu, comme tous ceux qui étaient sur la même plateforme à l’époque. On s’est tous rendus compte qu’il y a quelque chose qui n’allait pas du tout dans la manière de concevoir le projet. Et du coup ma promotion a été réduite à peau de chagrin. Et ça m’a vachement dégoûté car je m’étais fortement impliqué là-dedans. Le dégout était tel que ça, plus la crise du métier a fait que j’ai tout arrêté. Tout ce qui avait trait à ma carrière personnelle. Je me suis concentré sur ma condition de « musicien de ». Alors pourquoi est-ce que je m’y suis remis ? Parce que durant le premier confinement de 2020 les gens étaient en réelle demande de divertissement. On l’a bien vu avec tous les concerts live sur Facebook. Ensuite, il y a eu un petit relâchement du confinement pendant l’été et on nous a permis de faire quelques scènes. Et ce qui a été très perturbant pour moi c’est qu’à la fin de ces concerts les gens venaient nous voir pour nous dire merci. C’est la première fois que ça arrive. Ils nous disaient que ça leur manquait, que ça fait tellement longtemps, etc.  Et puis dans la conversation arrivaient des gens que je ne connaissais absolument pas qui me complimentaient sur ma voix, mes aptitudes musicales. D’autres que je connaissais me demandaient « Quand est-ce qu’on va pouvoir acheter nos places mais pour te voir toi et non plus dans l’ombre de quelqu’un d’autre ? »

Puis un jour ma femme et mes filles se sont absentées pour quelques jours. J’étais seul et je me suis dit « bon allez ça fait 8 ans que je n’ai plus rien fait, et j’ai un truc dans la tête. Toutes les conditions sont réunies pour que ça fonctionne. J’y vais. ». Et c’est là que j’ai fait « l’amour qu’on se donne » qui est sur mon EP. Je l’ai balancée sur le net et j’ai eu un retour extraordinaire. Ça dépassait de loin toutes mes espérances. Donc je me suis dit « woaw ! Qu’est-ce qui est en train de se passer ? ». Ensuite j’en fais une deuxième et là arrive le gros du confinement donc je me dis « ok c’est mort ». Les mois passent et puis mon agent me dit que je devrais contacter une attachée de presse qu’il connait bien. Elle accepte de me représenter mais à une condition. C’est maintenant ! Pour une bonne raison : les français ne peuvent plus monter sur Bruxelles pour défendre leurs projets. La plupart des radios belges ont donc décidé d’élargir leur champ d’action par rapport aux artistes belges. Donc j’ai finalisé, seul, l’EP en une semaine et demie, deux semaines maximum. J’ai fait appel à des amis pour les photos, le design de la pochette, etc.  Et donc voilà pourquoi ça a vu le jour maintenant et pas plus tôt ni plus tard.

Malgré l’absence de concurrence française, les portes se sont-elles ouvertes plus facilement ?

Non, mon attaché de presse à bien galéré. C’était déjà difficile avec le coronavirus mais il faut savoir que moi mon EP est arrivé en octobre, en pleine élection américaine ! Tout le monde était sur le pied de guerre par rapport à ça. Donc, on a seulement commencé la promo la deuxième semaine de novembre. Puis un jour, fin novembre, mon attachée de presse m’appelle et me dit : « je suis face à un gros problème, deux personnes sur trois que j’appelle sont au chômage technique ». Donc ça a été quelque chose de dingue ! Les portes ne se sont pas du tout ouvertes plus facilement parce que les français ne savaient pas venir.

Les grosses radios nationales ont dit non. Puis deux semaines après on m’appelle pour une interview en direct dans laquelle on diffuse mon titre. Et là je ne comprends pas.  Je me dit : « vous ne me prenez pas parce que je ne fais pas partie de votre liste éditoriale mais en même temps on fait une émission ensemble dans laquelle vous passez mon titre ». Puis un ami animateur à qui j’en parle me dit : « C’est très difficile pour les artistes belges de se faire diffuser dans les grosses radios car tout à un rapport avec le taux d’écoute en terme de temps quotidien ». Il y a des quotas mais ce n’est pas comme la Flandre. Elle, elle diffuse 25 % d’artistes belges, majoritairement flamands évidemment. Alors qu’en Wallonie on en est très très loin ! Ce qu’il m’a aussi dit c’est que les radios et télévisions étaient en manque d’invités quotidiens avec la fermeture des frontières. Et c’est là où moi j’ai pu ouvrir quelques portes.

« On n’a pas attendu la crise sanitaire pour être en crise dans notre secteur« 

Thom Dewatt

Pourquoi « 20 000 lieues sous les vers » ?

Quand il a fallu trouver un nom pour l’EP j’ai passé en revue tous mes textes, tout ce dont je voulais parler et je ne trouvais pas. Par contre, je revenais souvent sur la phrase « 20 000 lieues sous les vers » de la chanson « juste t’écrire ». Ma femme m’a d’ailleurs dit que c’était la plus belle phrase de tout l’EP. Seulement c’est long ! Puis je me suis dit tant pis. Et pour moi ça résume magnifiquement bien l’EP parce que c’est un hommage à la culture, un hommage à une œuvre énorme et ça correspond totalement à mon état d’esprit du moment.

Une anecdote sur l’EP ?

La chanson « Je voudrais te dire » je l’ai écrite en 2001-2002. Elle a 20 ans ! Cette chanson s’adressait à l’enfant qu’à l’époque je n’avais pas et que j’aurai bien voulu avoir, mais pas à ce moment-là. Au final, je l’ai mise de côté car mon entourage trouvait ça trop bizarre. Puis vient le moment de cet EP, il faut faire vite et j’avais besoin d’une chanson. Je ressors un vieux disque externe et je tombe sur cette chanson. Je la réécoute. Entre temps je suis devenu papa, et là, une claque.  Je me demande si je dois changer le texte puisque le texte dit clairement que je ne suis pas encore papa et ma femme me dit : « non justement ! Ça ajoute quelque chose en plus ». Du coup je n’ai rien changé, je l’ai juste réenregistrée.

« Paris » évoque plusieurs thèmes différents. Tu peux nous expliquer ?

De base, ça parle de la ville après l’attentat. Ça commence d’ailleurs avec « chercher une place, un coin où on respire ». Mais je ne voulais pas faire une chanson sombre et plombante en terme rythmique. Je ne voulais pas non plus qu’on m’accuse de récupération. J’ai donc assez naturellement dévié vers autre chose : la condition du musicien qui souhaite percer à Paris, de la difficulté mais aussi de mon amour pour cette ville et le nirvana qu’elle représente pour le côté artistique.  

« Juste t’écrire » c’est ton hommage personnel à la culture ?

Oui, ça s’est voulu un hymne à la culture dès les premiers mots, dès les premières notes. Ça parle de poésie, de jeu de mots, etc. Il y a tout dans ce titre pour moi ! C’est la plus belle chanson que j’ai écrite. Ça va être dur de faire aussi bien pour les prochaines chansons !

Tu penses déjà à la suite ?  

C’est purement théorique, mais oui. Mon entourage me dit qu’il faudrait peut-être penser à un album (rires).  Si jamais il y a un label qui appel ou quoi il faut savoir présenter des trucs. Et puis les gens qui me suivent sont demandeurs. Je me dois d’y penser. Du coup je le fais mais c’est dur car j’ai encore la tête dans mes chansons et mes clips. Pour le moment j’ai trois nouvelles chansons. Il faut donc que je me remette au travail pour évoquer un album.

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